Parcourons les Evangiles (1) : Présentation

Comme l’indique le titre proposé pour l’ensemble des émissions que nous commençons aujourd’hui, « Parcourons les Evangiles », nous allons cheminer ensemble chaque semaine à travers les Evangiles, du pas du marcheur curieux et attentif à ce qu’il découvre autour de lui, sans hâte mais avec persévérance, avec des haltes, des détours et des retours, pour essayer de déchiffrer ces textes avec les yeux de notre intelligence et de notre coeur, d’essayer d’y pénétrer, de nous les approprier, et de nous approcher ainsi du mystère de l’incarnation, la venue de Dieu comme homme parmi les hommes, entièrement Dieu et entièrement homme.

 

Ces quatre textes, vieux de près de deux millénaires, ont gardé toute leur richesse, leur fraicheur et leur pertinence, leur signification est inépuisable, comme leur sujet qui est la bonne nouvelle de la venue du royaume de Dieu sur terre. Ils étaient adressés aux femmes et aux hommes du premier siècle, mais ils sont intemporels, et gardent toute leur force pour les femmes et les hommes du début du vingt et unième siècle que nous sommes, si nous consentons à les lire, à les écouter, à les méditer avec la disponibilité, la curiosité, et l’attention nécessaires. Il ne s’agit pas simplement de récits, d’histoires, leur titre ‘évangile’, qui signifie ‘bonne nouvelle’, montre qu’il s’agit de quelque chose qui nous concerne dans nos vies : il s’agit d’une nouvelle et non seulement d’une information, d’une nouvelle susceptible de changer notre vie. Ce sont donc des livres de vie, ils sont nourriture spirituelle, notre pain de ce jour, car ils sont la Parole de Dieu, les seuls témoins réels de la parole de Dieu, et nous sommes appelés à intégrer l’enseignement qu’ils nous donnent comme une nourriture spirituelle dans notre vie réelle et actuelle, au milieu du monde dans lequel nous sommes placés, dans notre vie familiale, sociale, professionnelle, dans nos rapports avec notre prochain.

 

Il ne s’agira donc pas pour nous dans cette série de courtes émissions d’une approche systématique, mais plutôt d’une approche par thèmes et centres d’intérêt, par notions ou problèmes, comme : ‘que signifie suivre le Christ’, ‘Jésus médecin des âmes et des corps’, ‘le pardon’, ‘l’humilité’,’ les pauvres’, ‘les petits enfants’, chaque émission constituant une unité autonome, sans prétention à l’exhaustivité. Les références aux passages concernés par chaque unité seront indiquées à la fin pour vous permettre de prolonger l’écoute par une lecture personnelle. Chaque passage des Evangiles est si riche que toute interprétation ne peut être que fragmentaire, mais en même temps, c’est en rapprochant et confrontant diverses approches que l’on peut espérer approcher le mystère.

 

Les quatre Evangiles diffèrent par leurs dates et lieux de composition, par les auteurs qui les ont écrits et par leurs destinataires. Il n’est pas nécessaire, pour l’approche choisie ici, d’entrer dans la problématique de la différence, parfois même de l’apparente contradiction entre les Evangélistes, car nous ne n’avons pas une approche d’exégètes. Quelques indications sommaires suffiront donc pour notre propos. D’après l’état actuel des connaissances, les quatre Evangiles ont été rédigés dans la seconde moitié du premier siècle, à partir de traditions orales ou de fragments de textes rédigés antérieurement, et aucun des auteurs n’a été un témoin visuel des faits qu’il rapporte, ce qui, évidemment ne retire rien à leur véracité. On distingue d’une part les trois Evangiles dits synoptiques, par ce que leur plan est similaire, qu’on peut les représenter sur trois colonnes et en faire une lecture parallèle. Ce sont les Evangiles de Matthieu, Marc et Luc. L’Evangile de Marc serait le plus ancien, et les deux Evangélistes Luc et Matthieu se seraient largement inspirés de lui, tout en y ajoutant des éléments venant d’autres sources, en dehors de la personnalité propre des auteurs. Le texte de Marc est plus concis, plus ramassé, Matthieu contient de longs développements, des discours de Jésus, Luc est plus riche en paraboles, récits, à commencer par les récits de la naissance et de l’enfance du Christ. L’Eglise a placé l’Evangile de Matthieu en première place, non à cause de son antériorité, mais à cause de son contenu théologique. C’est l’Evangile de l’Eglise. Suivent dans l’ordre traditionnel les Evangiles de Marc et de Luc. L’Evangile de Jean, le quatrième Evangile est très différent des trois autres Evangiles, il contient moins de récits concrets, il est plus « spirituel », et il propose aussi une autre chronologie pour l’activité de Jésus, en particulier en décrivant deux voyages à Jérusalem, alors que pour les trois autres Evangélistes, le voyage à Jérusalem se situe à la fin de la mission terrestre de Jésus, et sa montée vers Jérusalem est décrite comme sa montée vers sa condamnation, sa crucifixion et sa résurrection. Mais ce sont quatre témoignages d’un seul et même événement, de la même bonne nouvelle déclinée sur quatre modes différents et complémentaires, concernant une seule et même personne, Jésus-Christ, Fils de Dieu, ce qui fait toute la richesse de ce texte à quatre voix.

 

Les auteurs des Evangiles, placés devant la tâche démesurée pour des hommes d’essayer de rendre compte au moyen des mots de leur langue, de l’événement inouï que représente l’Incarnation dans l’histoire humaine, le séjour de Dieu sur la terre, les événements de la vie de Jésus-Christ, son enseignement, leur signification pour les hommes, ont eu, comme nous venons de l’évoquer, des approches différentes. La différence se manifeste notamment dès l’ouverture, à la manière dont chacun des Evangélistes introduit son récit. Matthieu, par une généalogie complexe et très élaborée, enracine Jésus-Christ dans la lignée des générations depuis Abraham jusqu’à Joseph, Luc commence par retracer avec de nombreux détails l’intervention divine par le saint Esprit jusqu’à la Nativité et la présentation de Jésus au temple à quarante jours, insistant sur la parenté et l’entourage de Jésus dans la chair notamment, et poursuit son récit par des événements de l’enfance de Jésus. Ce n’est qu’au chapitre IV qu’est raconté le séjour de Jésus dans le désert et le début de son ministère. Marc est beaucoup plus direct, et commence son récit avec le baptême de Jésus par Jean et le début de la mission de Jésus dans le monde.

 

La description de l’activité de Jésus, sa mission, est l’un des thèmes essentiels de ces textes. Jésus allait par toute la Galilée, enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du royaume, lisons-nous dans divers passages. Il est donc d’abord présenté comme un rabbi, un maître prêchant et enseignant la parole de Dieu, les Ecritures, à savoir l’Ancien Testament et tout particulièrement la Loi, les psaumes et les Prophètes, notamment tout ce qui dans ces textes peut être interprété comme l’annonce du Messie à venir, qui n’est autre que lui-même, Jésus de Nazareth. Une des problématiques essentielles de ces récits va être de décrire comment se fait par les auditeurs de Jésus la réception de ce message. Qui voient-ils en cet homme qui leur parle avec une autorité telle qu’ils n’ont jamais rien entendu de pareil ? Le contenu des paroles de Jésus est présenté essentiellement sous deux formes dans les récits évangéliques, d’une part sous une forme directe, ce sont les paroles de Jésus qui sont directement citées, sous forme ordonnée comme chez Matthieu, ou sous la forme de paraboles, du recours par Jésus à des récits imagés pour aider ses auditeurs à comprendre l’incompréhensible, ce qu’est le royaume de Dieu. Nous nous attarderons sur ces diverses formes et surtout sur le contenu de l’enseignement que Jésus veut ainsi dispenser.

 

Un second thème omniprésent dans les récits évangéliques est l’activité de Jésus guérissant toute maladie et infirmité lors de ses déplacements en Galilée autour de Capharnaüm. Le bruit de cette activité de guérison se répand rapidement dans le pays autour de Capharnaüm, auprès d’une population que nous pouvons nous représenter comme très sensible à tout ce qui était susceptible de la soulager de ses maux endémiques tels que la lèpre, les diverses formes de paralysie, infirmités, malformations, les maladies des yeux, les diverses formes d’épilepsie et de maladies mentales. Et la foule qui suit Jésus, ou qui se rassemble dès qu’il apparaît en public, joue un rôle central dans les récits évangéliques. Elle constitue une sorte d’entité omniprésente, avec sa propre dynamique, ses réactions, ses flux et reflux, elle écoute l’enseignement avec étonnement, elle est dans l’admiration et la crainte devant les guérisons opérées, pressentant une présence et une puissance mystérieuse derrière ces manifestations.

L’autre grand thème des récits évangéliques est évidemment la vie de Jésus elle-même, de l’annonce de sa venue dans le monde jusqu’aux récits de ses apparitions à ses disciples après sa résurrection. Car l’enseignement de Jésus et les guérisons qu’il a opérées pendant son ministère ne sont qu’un aspect de l’œuvre de salut que Dieu a préparée pour les hommes. Le véritable salut nous est apporté par le don de sa vie, par sa crucifixion et sa résurrection. Il vainc le mal et le péché et nous fait échapper à la mort au prix de sa propre mort, il nous fait ensuite participer à sa résurrection.