Parcourons les Evangiles (3) : Marie, servante du Seigneur et mère de notre Dieu

 

Marie, mère de Jésus-Christ, mère de Dieu, occupe une place de premier plan dans l’Eglise du Christ, différente d’ailleurs selon les diverses Eglises et sensibilités chrétiennes. Nous nous proposons aujourd’hui de parcourir à son sujet le premier chapitre de l’Evangéliste Luc ; Marie est le personnage essentiel dans la réalisation de l’Incarnation, puisque c’est par son humble obéissance que la venue de Dieu dans le monde a pu se réaliser, l’événement le plus important de l’histoire du monde depuis sa création. Nous nous limiterons dans cette présentation de la vierge Marie dans les Evangiles à la période décisive, qui commence par la venue de l’ange Gabriel et se termine par le chant de Marie remerciant et louant le Seigneur, le Magnificat.

 

Dans le récit de l’Evangéliste Luc, le nom de Marie apparaît juste après celui de Joseph, au verset 26 du premier chapitre, en liaison directe avec l’annonce qui avait été faite à Zacharie, que sa femme Elisabeth, stérile et âgée, allait mettre au monde un fils :

 

Au sixième mois de la grossesse d’Elisabeth, Dieu envoya l’ange Gabriel dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, vers une vierge fiancée à un homme de la famille de David, nommé Joseph. Cette vierge se nommait Marie.

 

Cette phrase d’une grande simplicité apparente, qui semble ne contenir que des indications concrètes, des noms de personnes, de lieux, recèle en réalité tout le mystère de l’Incarnation, le plan de salut de Dieu pour les hommes. On y trouve décrite, sans aucune précaution oratoire, sans aucune rhétorique, l’intervention de Dieu et du monde invisible des anges dans le monde des hommes : « Dieu envoya l’ange Gabriel », comme s’il s’agissait d’un événement parfaitement courant, voire anodin, s’inscrivant dans notre réalité quotidienne. Cette intervention de Dieu dans la réalité du monde est datée très précisément, concrètement, en étant mise en relation avec la chronologie de la grossesse d’Elisabeth (au sixième mois), juste après la promesse faite par Gabriel à Zacharie. On retrouve ici la familiarité de la relation entre Dieu et les hommes qui caractérise l’Ancien Testament. Dieu parle aux hommes, et les hommes s’adressent à lui.

 

Mais il y a aussi l’indication de l’enracinement social et géographique de l’Incarnation, dans une ville de Galilée, appelée Nazareth. C’est la Galilée qui sera le lieu principal de l’activité missionnaire de Jésus, qui sera pour les habitants de la Judée et de Jérusalem le Nazaréen ou le Galiléen, de même que c’est à son accent galiléen que Pierre sera identifié par la servante au moment de ses reniements. La Galilée est le lieu où Dieu vient et agit parmi les hommes, Nazareth est le lieu où Jésus reçoit de Joseph sa filiation sociale et économique. En même temps, avant même que le nom de Joseph soit dévoilé, il est présenté comme étant de la maison de David. C’est ce qui, avant son nom même, importe, car c’est la filiation davidique de Jésus, par Joseph, qui est ici affirmée. Jésus sera interpelé par les malades aveugles comme « Jésus fils de David ». Par Marie et Joseph, Jésus est très concrètement enraciné en Galilée, à Nazareth, et par son père adoptif Joseph, il est de descendance royale.

 

De Marie, il est simplement dit avant qu’elle ne soit nommée, que c’était « une vierge fiancée à un homme … », c’est-à-dire une jeune fille. Elle n’est caractérisée d’aucune façon, ni par sa famille, ni par ses qualités. Ce qui est le plus important, c’est qu’elle est porteuse de la grâce de Dieu, comme le lui dit l’ange en la saluant :

 

« Je te salue, toi qui es l’objet d’une grande grâce ; le Seigneur est avec toi. Ne crains point, Marie, car tu as trouvé grâce devant Dieu. »

 

Marie a donc été choisie pour ce qu’elle est, pour ses qualités et sa vie, parce qu’elle a trouvé grâce aux yeux de Dieu, ce qui n’a pu se faire que parce que sa personne et sa vie étaient en conformité avec les commandements de Dieu, qu’elle était « juste » aux yeux de Dieu. Remarquons qu’il n’est rien dit d’une éventuelle prédestination de Marie. C’est une jeune fille de Galilée, qui ne se distinguait certainement pas extérieurement des autres, qui s’apprêtait à commencer une vie de femme dans la tradition d’Israël, fiancée probablement par sa famille à un homme de qualité, de la descendance du roi David, mais parmi toutes les autres jeunes filles de Galilée, c’est sur elle que le regard de Dieu s’est porté. La grâce de Dieu est venue sur elle. Et l’ange précise le dessein de Dieu sur Marie :

 

« Tu concevras en ton sein et tu enfanteras un fils ; et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand ; on l’appellera Fils du très-Haut ; … et son règne n’aura pas de fin. »

 

Marie objecte à l’ange qu’elle ne connaît point d’homme, car en effet, elle n’est encore que fiancée à Joseph, mais l’ange réfute son objection :

 

« Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du très-Haut te couvrira de son ombre ; aussi l’être saint qui naîtra de toi, sera-t-il appelé Fils de Dieu. »

 

L’ange lui donne aussi l’exemple d’Elisabeth, celle que l’on appelait stérile et qui conçut un fils dans sa vieillesse. Marie, comme Elisabeth, Zacharie et Syméon, les « justes » dont il avait été question dans notre émission précédente, est remplie du Saint-Esprit ». Les justes sont prêts pour recevoir le Saint-Esprit, il n’y a pas en eux d’obstacle à sa venue, mais inversement, nous pouvons aussi, sans faire partie des « Justes », invoquer le Saint-Esprit pour qu’il vienne en nous et nous sanctifie, nous purifie, et que nous avancions ainsi sur la voie de la justice. Marie était juste par sa vie, porteuse du Saint-Esprit, elle pouvait aussi concevoir Dieu en son sein. Marie est une jeune fille comme toute les autres, mais c’est précisément ce qui fait la grandeur et la beauté de la création, même après la chute, qu’une femme, semblable à toutes les femmes, mais marchant dans la lumière et la justice de Dieu, puisse être choisie par Dieu pour concevoir en son sein notre Sauveur.

 

Marie répond alors à l’ange : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole. »

 

L’acceptation de Marie, son humilité, l’effacement complet de sa volonté et de sa personne derrière celle de Dieu, rendent possible l’incarnation. Marie est tout entière effacement, et c’est précisément cet effacement complet de sa personne qui permet la réalisation du dessein de Dieu. Comment pourrait-elle porter Dieu en son sein si elle avait en même temps en elle les soucis des distractions du monde, des projets ou des désirs personnels et particuliers ? L’acceptation de Marie de concevoir Dieu en son sein est aussi celle de l’humanité tout entière. Marie est notre représentante, et Dieu l’a trouvée il y a deux mille ans dans une petite ville de Galilée. Elle devient la porte du ciel, le lien physique entre Dieu et les hommes. Il est très significatif de la relation entre Dieu et les hommes, entre le Créateur et ses créatures, que l’action du Dieu ne peut pas se réaliser sans la participation des hommes. Dieu ne peut pas venir parmi nous si nous ne l’acceptons pas. Mais notre acceptation ne peut se faire que dans un geste de pure humilité, d’obéissance et d’effacement de notre volonté propre. Marie était la représentante la plus digne de toute l’histoire de l’humanité pour recevoir Dieu en son sein.

 

Après le départ de l’ange, Marie décide d’aller rendre visite à sa cousine Elisabeth, probablement pour partager avec elle la nouvelle qui vient de lui être annoncée, et cette rencontre porte le nom de Visitation. Elle a donné lieu à de multiples représentations artistiques, car elle est d’un très fort contenu à la fois humain et symbolique : celle à qui l’ange vient d’annoncer qu’elle concevra dans son sein le Fils de Dieu vient rendre visite à celle qui porte dans son sein le futur Jean-Baptiste, le Précurseur, qui proclamera la venue du Messie. Et déjà, à l’entrée de Marie, l’enfant que portait Elisabeth tressaillit dans son sein et Elisabeth s’écrie :

 

« Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit que tu portes est béni. Et d’où me vient cet honneur que la mère de mon Seigneur vienne me visiter ? »

 

C’est alors que Marie entonne son chant de louange à Dieu, le Magnificat, qui sera mis en musique par de nombreux compositeurs :

 

« Mon âme glorifie le Seigneur, et mon âme est remplie d’allégresse à cause de Dieu, mon Sauveur, parce qu’il a porté son regard sur son humble servante. Désormais toutes les générations me proclameront bienheureuse, parce que le Puissant a fait en moi de grandes choses : saint est son Nom. Sa bonté s’étend de génération en génération sur ceux qui le craignent. Il est intervenu de toute la force de son bras ; il a dispersé les orgueilleux, il a jeté les puissants à bas de leur trônes et il a élevé les humbles ; les affamés, il les a comblés de biens et les riches, il les a renvoyés les mains vides, il est venu en aide à Israël son serviteur en souvenir de sa bonté, comme il l’avait dit à nos pères en faveur d’Abraham et de sa race pour toujours. »

Marie demeura avec Elisabeth environ trois mois, c’est-à-dire jusqu’à la naissance de Jean, puis elle retourna chez elle, pour se préparer à la naissance de son fils.