Parcourons les Evangiles (4) : Jean-le-Baptiste

 

Nous parcourrons aujourd’hui les Evangiles en les interrogeant sur Jean-Baptiste, appelé aussi Jean le Baptiste ou Jean le Précurseur, parce qu’il annonce la venue imminente de Jésus-Christ, Messie et Fils de Dieu. Comme Zacharie, Elisabeth, Syméon et Anne la prophétesse, c’est un personnage qui assure la transition entre l’ancienne et la nouvelle Alliance. Les deux pieds dans l’Ancien Testament, Jean est le dernier et le plus grand des prophètes, car il annonce dans ses prédications la venue immédiate du Dieu fait chair. Le récit de Luc établit en outre une parenté entre Jean et Jésus, leurs mères Elisabeth et Marie étant présentées comme cousines et se trouvant toutes les deux enceintes par une intervention divine. Elisabeth la stérile conçoit un fils sur ses vieux jours, et Marie la vierge va elle aussi concevoir un fils.

 

L’ange Gabriel, lorsqu’il vient annoncer à Zacharie de service dans le temple, que sa prière a été exaucée et que sa femme enfantera un fils, lui donne des précisions sur ce fils à venir :

 

« Il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et beaucoup de gens se réjouiront de sa naissance. Car il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante, et il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère ; il convertira bien des fils d’Israël au Seigneur leur Dieu, et lui marchera devant Dieu dans l’esprit et avec la puissance d’Elie, afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé. »

 

La mission dont sera chargée Jean est bien définie : marcher devant Dieu, comme son porte-drapeau, comme le héraut qui l’annonce, tout en préparant le peuple à recevoir son Sauveur, par la conversion, c’est-à-dire le repentir, le retour sur soi-même et le renoncement au péché. Cette sorte de feuille de route donnée à Jean-Baptiste sera parfaitement reprise dans les quatre récits évangéliques. Pour les quatre Evangélistes, la prédication de Jean précède immédiatement l’apparition publique de Jésus dans le monde. Jésus va sortir de son anonymat relatif au sein de la société de la petite ville de Nazareth en Galilée, pour se présenter aux yeux du monde et commencer son ministère.

 

Les récits des quatre évangélistes concernant la présentation de Jean le Baptiste et de son action diffèrent quelque peu dans leur forme et dans leur organisation, mais ils coïncident sur deux points essentiels : Jean prêchait en Judée, il prêchait le repentir pour la rémission des péchés, et il baptisait dans l’eau du Jourdain. Le second point d’accord est la référence faite au prophète Isaïe qui annonce que Dieu enverra son messager préparer la voie de son Messie :

 

« Voici que j’envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route. Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. »

 

Jean, prêchant en Judée sur les bords du Jourdain, est donc identifié avec la Voix qui crie dans le désert dont parle Isaïe. C’est aussi ce que Zacharie, son père, exprimait dans son cantique de louange à Dieu :

 

« Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant la face du Seigneur, pour préparer ses voies, afin qu’il donne à son peuple la connaissance du salut par le pardon de ses péchés. » (Luc 1, 76-77)

 

Marc, Matthieu et Luc disent aussi de Jean, pour décrire son action, sous une forme à peu près identique, qu’il parut dans le désert de Judée, prêchant le baptême de repentance pour la rémission des péchés et disant, le royaume des cieux est proche. Entendons par cette phrase que la venue de l’envoyé de Dieu, de son messie, est proche, puisque Jésus parlant de lui-même s’identifiera avec le royaume de Dieu, ou du moins fera coïncider sa venue parmi les hommes avec l’avènement du royaume de Dieu parmi les hommes.

 

Le récit de Jean, le quatrième évangéliste diffère un peu des trois autres dans sa forme et dans son organisation, mais non dans le fond, car l’évangéliste Jean présente aussi Jean le Baptiste comme envoyé par Dieu, prêchant dans le désert. A la délégation venue de Jérusalem pour l’interroger, Jean déclare : « Je suis une voix qui crie au désert : Redressez les chemins du Seigneur. »

 

La venue de Dieu se prépare d’abord spirituellement, les paroles d’Isaïe citées par les évangélistes sont claires. Redresser les sentiers du Seigneur, préparer son chemin, signifie que nous ne pourrons recevoir le Seigneur que si nous nous y sommes préparés, si nous avons aplani par le repentir et le retour sur nous-même les montagnes d’obstacles qui obstruent le venue de Dieu en nous et notre marche vers lui. Les sentiers du Seigneur sont une métaphore pour notre état intérieur, métaphore concrète et parlante qui nous permet d’approcher le mystère. Dieu ne peut venir dans le monde que si les hommes se préparent aussi à sa venue. Et le moyen proposé par Jean pour préparer le chemin du Seigneur, c’est le repentir et la purification par l’eau, car c’est l’action du repentir, qui seule, permet le pardon du pécheur.

 

Nous trouvons chez Marc et Matthieu quelques indications concrètes concernant l’aspect extérieur de Jean-Baptiste et sa règle de vie ascétique, qui avait d’ailleurs déjà été évoquée par l’ange s’adressant à Zacharie, comme nous l’avons évoqué précédemment : il ne boira ni vin, ni liqueurs enivrantes. Mais Marc et Matthieu vont plus loin : Jean avait un vêtement de poil de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Celui qui prépare le chemin du Seigneur, la venue de Dieu parmi les hommes, est d’abord présenté comme une voix, une voix qui prêche dans le désert, ce qui ne signifie pas qu’il n’y a personne pour l’écouter. Les récits de Marc et de Matthieu sont formels :

 

Les habitants de Jérusalem, de toute la Judée et de tout le pays qui avoisine le Jourdain, se rendaient vers lui, et se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain, confessant leurs péchés. (Matthieu 3,5-6)

 

Jean n’est donc pas seul, sa renommée de prédicateur s’est répandue en Judée, il a de nombreux disciples, constituant une secte juive, au sens de l’époque, c’est-à-dire un groupe de croyants rassemblés autour d’une interprétation particulière du judaïsme. Le terme, à cette époque, n’a rien de négatif ou de péjoratif. Il sera question plus tard des disciples de Jean, dans les récits évangéliques, quand ses envoyés viendront rencontrer et interroger les disciples de Jésus. Si Jean a des envoyés, c’est qu’il y a autour de lui un groupe qui s’est constitué. Mais dans l’esprit des récits évangéliques, Jean est entièrement au service de l’annonce du Messie, comme le soulignent les divers récits qui insistent tout particulièrement sur le lien entre la personne et l’activité de Jean et les prophéties, notamment celle d’Isaïe concernant la voix dans le désert. Jean est présenté comme le dernier des prophètes annonçant la venue du Messie, accomplissant les prophéties antérieures. Il manifeste d’ailleurs lui-même son effacement derrière celui qu’il est chargé de précéder et d’annoncer, comme nous le lisons chez l’évangéliste Matthieu :

 

 « Pour moi, je vous baptise d’eau en vue de la repentance ; mais celui qui vient après moi, est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de lui porter ses sandales : c’est lui qui vous baptisera d’Esprit saint et de feu. » (Matthieu 3, 11)

Tout est en place pour l’entrée publique de Jésus de Nazareth dans le monde. Il est tout à fait significatif de l’esprit des quatre récits évangéliques qu’ils lient l’arrivée publique de Jésus dans le monde à sa présentation par l’intermédiaire de Jean. Jésus viendra d’abord se présenter à Jean avant de s’adresser au monde, pour montrer ainsi qu’il est bien celui que les prophètes ont annoncé, celui que Jean annonce dans sa prédication. Cette continuité dans l’histoire religieuse d’Israël est essentielle pour attester aux yeux des Juifs pieux connaisseurs des Ecritures, la légitimité de Jésus comme Messie, mais ces précautions ne suffiront pas. Nous nous pencherons dans une émission ultérieure sur les relations entre Jean le Baptiste et Jésus, et notamment sur le baptême de Jésus par Jean.