L'ICONE DE LA PRESENTATION DE L'ENFANT JESUS AU TEMPLE, SAINTE RENCONTRE

La Bible Hébraïque prescrit deux actes religieux après la naissance : la purification des jeunes mamans, quarante jours après la naissance d'un garçon (Lévitique 12 : 6–8) et sa consécration à Dieu de tout fils premier-né (Exode 13 : 2 ). Suivant ces préceptes, la Vierge Marie et Saint-Joseph sont allés présenter l'enfant Jésus au Temple, quarante jours après sa naissance.
Comme le rapporte l'Evangéliste Saint Luc, ils ont été accueillis par le vieillard Siméon et la prophétesse Anne, qui servaient Dieu avec foi depuis bien longtemps.

Cette présentation au Temple constitue le mystère de la Sainte Rencontre, rencontre entre la fidélité à la parole de Dieu, et Dieu lui-même, ayant pris la forme d'un petit enfant. Tel est le sens du nom de la fête en grec UPAPANTH, ou en russe CPETENHE.

Le tropaire (refrain liturgique) de la fête nous donne le centre du schéma de l'icône :             « Réjouis-toi, Pleine de grâce, Vierge Mère de Dieu, car de toi s’est levé le Soleil de Justice, Christ notre Dieu, illuminant ceux qui sont dans les ténèbres. Et toi, juste vieillard, soit dans la joie, car tu as porté dans tes bras le libérateur de nos âmes, qui nous permet de prendre part à la Résurrection. »


Le schéma ci-contre s'inspire d'une icône prototype, du XVI° siècle au Monastère Stavronikita du Mont Athos.

Notre regard se pose sur ce vide qui sépare la main droite de la Vierge Marie, véritablement au centre de l'icône, du Christ enfant. L'icône représente la Vierge Marie après le don de son fils, reçu avec vénération par Saint Siméon qui se tient donc en général à la droite de l'icône.

Au centre, l’enfant Jésus, passant des bras de sa mère ceux du prêtre, du naos au sanctuaire, se trouve donc au-dessus de l'hôtel du temple, sous le dais qui figure la présence divine.

On voit qu’Anne se tient, comme membre et représentante de la communauté, entre la Vierge et Saint-Joseph, donc à la droite de l'icône. Dans les icônes russes, elle se tient généralement derrière Siméon.


Derrière sont représentés les portes saintes et la clôture du sanctuaire, fermées, les murs d'enceinte de Jérusalem, et le bâtiment du temple vu de l'extérieur ; mais nous savons que nous sommes à l'intérieur et que cette représentation du dehors a pour but de montrer que les saints ne sont pas limités par le bâtiment : celui-ci leur sert seulement de cadre.


Légèrement à droite du centre de l'icône, la Vierge Marie incline sa tête, son bras et sa main gauches qui soutenaient l'enfant couverts de son manteau, sa main droite ayant offert l’enfant montrant les cieux dans un geste d'intercession. La vierge est vêtue du traditionnel manteau (maphorion) rouge foncé, bordé d'un galon et de franges d'or, symbolisant le respect de la loi, et d'une robe gris bleu foncée.


L'enfant Jésus se tient dans une attitude confiante ; de sa main gauche, posée sur le bras de Syméon, il tient le rouleau symbolisant l'Ecriture Sainte, ce qui est écrit de lui ; son corps est tourné vers Syméon, mais son regard va à celle qu’il vient de quitter, qu’il bénit de sa main  droite en ouvrant largement le bras droit. Il est traditionnellement vêtu d'une tunique orange striée d’or, comme dans les icônes de la descente aux enfers, de l'Ascension et de la Dormition, signe de la passion qu'il assume pour notre salut.


Derrière la Vierge, Saint Joseph, les mains couvertes, apporte l’offrande rituelle des deux colombes, qui semblent aller librement aux sacrifices. On a pu dire que ces deux colombes marquent l'alliance, par exemple entre l'ancien et le nouveau, ou entre la communauté juive et l'église des chrétiens. Saint-Joseph est vêtu d'un manteau rouge pourpre et d’une robe vert foncé dans notre icône prototype ; la couleur du manteau varie selon les écoles d’iconographie.

Saint Syméon se courbe en sorte ce que sa tête est au même niveau que celle de la Vierge, bien que ses pieds soient sur une estrade. En effet, il est plein d’une crainte sacrée devant celui qu’il reçoit dans ses bras. Ses cheveux sont longs et dénoués à la manière des galiléens. Sa robe est en général vert foncé, signe d'ascèse, et son manteau violet foncé. Une tradition rapporte qu'il aurait été docteur de la loi, fils d’Hillel et père de Gamaliel, maître de Saint Paul. Les textes des vêpres et des matines le nomment « celui qui a vu Dieu », « 
Qeopthj» et « celui qui a porté Dieu » « Qeofopoj ». L'icône le représente au moment où il dit : « Voici, celui-ci est placé pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël, pour être un signe en butte à la contradiction. » (Luc 2 : 34). Puis, s'adressant à la mère de Dieu : « un glaive te transpercera l’âme afin que soient révélées les pensées d'un grand nombre de cœurs. »


La prophétesse Anne, vêtue d’une robe brun clair et d'un manteau vert foncé, semble emplie de l’Esprit Saint en nous montrant l’enfant Jésus. Elle tient ouvert le rouleau où l’on peut lire : «  Cet enfant a affermi le ciel et la terre ; » Elle était, nous dit Saint Luc, «  fille de Phanuel de la tribu d’Aser. » … « Après avoir vécu sept ans avec son mari depuis sa virginité, elle resta veuve, et, âgée de 84 ans, elle ne quittait pas le temple et servait Dieu nuit et jour, par des jeûnes et des prières. » L’icône la représente prête à louer Dieu et parler « de l’enfant à tous ceux qui attendent la délivrance d’Israël. » (Luc 2 : 36-38)


Entrée dans le cycle liturgique dès le IV° siècle à Jérusalem, comme en témoigne la pèlerine Ethérie, la Sainte Rencontre fait partie des douze grandes fêtes de l’église : si elle tombe un dimanche, on ne supprime pas le tropaire de la résurrection ; si elle tombe un mercredi ou un vendredi, le jeûne est adouci et ne prescrit que l'abstinence de viande. Elle fut introduite à Constantinople au VI° siècle sous le règne de l'Empereur Justinien, à Rome au VII° siècle et en France seulement au XI° siècle. Ce fut l’Abbé Isarn de l’Abbaye Saint Victor de Marseille qui prit cette initiative heureuse, qui s’est perpétuée jusqu'à nos jours à Saint Victor, chaque 2 février, les fidèles tenant allumés les cierges verts traditionnels. Cette fête de la lumière, qui annonce la transfiguration, est appelée chandeleur en français, candlemas en anglais, lichtmese en allemand.


L’office du jour nous dit que la mère de Dieu fut placée parmi les vierges. De plus, dans l’ode 9 des matines, la divinité de Jésus est soulignée car on lui fait dire : « Je ne suis pas tenu par le vieil homme, c'est moi qui le tiens, car il me demande le pardon. »
Le vieil homme est l'image de notre servitude à la suite de la chute originelle, et finalement de notre condition mortelle. Dans l’ode 3 des matines, Siméon est appelé « Adam ». On le voit sur l'icône, courbé, à la fois sous le poids des ans et sous celui de l’enfant Jésus plein de gloire et de majesté ; les plis de son manteau soulignent que son cœur est purifié par une longue vie de prière, laissant un creux pour accueillir celui dont le rôle sera central en Israël et pour une multitude.

La dernière phrase prononcée par le saint vieillard Syméon selon l’évangile de la fête constitue la prière des complies (dite avant d'aller prendre du repos) : « et maintenant Seigneur, laisse ton serviteur, selon ta parole, s'en aller en paix. Parce que mes yeux ont vu le salut qui vient de toi, lumière qui doit se révéler aux nations, et la gloire de ton peuple Israël. »