L'ICONE DE LA NATIVITE DE NOTRE SEIGNEUR

« La Vierge aujourd'hui met au monde l'Eternel, et la terre offre une grotte à l’inaccessible. Les anges et les pasteurs le louent, et les mages avec l'étoile s'avancent. Car tu es né pour nous, petit enfant, Dieu d’avant les siècles. (Kondakion de Noël)

Ce refrain nous donne le schéma de l'icône de la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, telle que l'on gravée au VI° siècle les artistes grecs travaillant à Jérusalem pour les pèlerins, sur des ampoules qui nous ont été conservées dans le sanctuaire de Monza en Italie.

Au IX° siècle, on a rajouté deux scènes, en bas de l'icône, soulignant l'humanité de Jésus : celle du doute de Joseph et celle du bain de l'enfant.
Ainsi a été obtenu le schéma prototype de l'icône de la Nativité, qu'on peut contempler dans les icônes byzantines, aussi bien que dans les icônes russes, par exemple celle de l'école de Novgorod du XV° siècle, conservée à la Galerie Tetriakov à Moscou.


L'icône est en général inscrite dans un rectangle long.

Dieu descend sur la terre, répondant à l'appel du prophète Isaï :

« Ah, si tu déchirais les cieux et si tu descendais sur la terre. » (Isaï 64:1).
On voit, en haut au centre de l'icône, un arc de cercle gris-bleu qui s'ouvre et s’abaisse en un rayon donnant vie à l'étoile de Noël.

À sa rencontre, la terre bondit, selon les idiomèles de la fête :

« Cieux, soyez dans l'allégresse, montagne, bondissez, justes, réjouissez-vous ! »
Cette ligne verticale est le départ d'une large croix invisible, comme sur le schéma ci-dessous. Elle sépare l'icône en trois niveaux horizontaux et trois bandes verticales, qui délimitent six scènes formant autour de la Vierge une sorte d'étoile de David. Le Christ cependant est légèrement au-dessus de sa mère, car il n'est pas une créature, mais l'unique engendré du Père, et donc il élève toute l'icône vers le haut.


Au centre, la Vierge Marie, Mère de Dieu, médite à moitié assise, sur un lit de camp rouge en forme de mandorles, et au-dessus d'elle, l'Enfant Jésus est couché, emmailloté, entouré de bandelettes, dans la crèche dont la forme rappelle le tombeau. Venant du fond noir de la grotte, le bœuf et l’âne veillent sur lui (Isaï 1 : 5). Dans une variante de tendresse, la Vierge, toujours regardant au loin, effleure de sa joue celle de son fils (Père Siméon de Chypre).

Au niveau supérieur, de part et d'autre des cieux qui descendent, les anges sans pesanteur sur le fond d’or de l’icône visitent la Terre pour chanter la gloire de Dieu (les plus nombreux, à la droite de l'icône), et donner la paix aux hommes de bonne volonté (à la gauche de l'icône).


Au niveau médian, s'avancent vers la Mère et l'Enfant, de la droite de l'icône car ils ont suivi l'étoile de leur propre initiative, les mages portant l’un la myrrhe, l'autre l’or et le troisième l’encens. Mage est un mot sumérien remontant à 2100 avant Jésus Christ signifiant la graine. Les mages étaient des prêtres païens. Ils apportent au Christ les plus grandes richesses de l'humanité, et reçoivent en échange la grâce divine. Ils adoraient ce qui est infiniment grand, les astres ; ils adorent maintenant un petit enfant, soleil de justice. On sait qu'ils repartiront chez eux par un autre chemin, pour éviter le roi Hérode.

Dans une variante en Russie, il y a inversion entre les mages et les anges célestes : les mages sont alors au registre supérieur, et les anges célestes au niveau moyen. Cela insiste sur l'union de la terre et du ciel.

Au milieu à la gauche le (ou les) berger, viennent adorer l'enfant. On voit aussi quelques brebis. Dans l'icône de l'école de Novgorod, le berger sonne d'une sorte de cor, le Shofar, rappelant le prophète Isaï disant : « Car un enfant nous est né, un Fils nous est donné, et la souveraineté reposera sur son épaule : on l'appellera admirable, conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. » (Isaï 9:5). On sonne le Shofar à la fin de Yom Kipour, quand Dieu a pardonné au peuple ses péchés.


Dans la rangée du bas on représente les événements plus terrestres liés à la fête, mais dont on ne fait pas encore mention le jour de Noël.

A la droite, Joseph, assis, médite. Joseph, soutenu par la tendresse de la vierge, a cru. Remarquons qu'il est auréolé, comme les anges, le Christ et la Vierge, mais pas les autres personnes. On le fête le Dimanche qui suit Noël, comme égal aux apôtres, car il a porté le Christ dans son humanité.

En face de lui, se tient un homme couvert d’une peau de bête, s'appuyant sur un bâton, parfois suivi de deux moutons. Ce serait un ermite qui demanderait à Joseph : « Comment un bâton sec peut-il bourgeonner et comment une vierge peut-elle enfanter ? » Mais aussitôt son bâton fleurit. Certains ont vu dans ce personnage une réminiscence du dieu grec de la végétation Thyrsos (des variantes où il est de profil ou double suggèrent le diable).

Enfin, en bas à la gauche de l'icône a lieu la scène du bain de l’Enfant, où une femme verse de l'eau dans un bassin de pierre, et une autre tient l’Enfant (on trouve deux variantes : soit elle le tient au-dessus de l'eau, soit sur ses genoux). Cette scène analogue à celle des Nativités de héros grecs, comme Alexandre le Grand, a été introduite au IX° siècle, après l’hérésie iconoclaste, afin qu'il soit clair que le Christ a accepté de se laisser inscrire, mais non enfermer, dans la chair.

Remarquons que le niveau supérieur forme une sorte de voûte qui soutient les cieux, et que le niveau inférieur dessine une sorte de coupe. Au milieu, la Vierge Marie est représentée proportionnellement plus grande que les autres personnes, car elle contient « celui que nul espace ne contient » (Cathisme des matines).

Les couleurs de l'icône sont chaleureuses : l’ocre orangé de la terre contraste avec de nombreux vêtements verts foncés symbolisant l’ascèse, et gris bleu foncé évoquant les cieux, éclairés par quelques vêtements rouges ou pourpres, où on peut voir le signe de la charité et de la royauté de Dieu. De même, les quelques arbres qui semblent eux aussi se réjouir sur l'icône ont un feuillage vert foncé et des baies rouges. Il n’y a en général qu’un fond blanc cassé : le vêtement de l'Enfant Jésus, suggérant le suaire.


Comme dans la liturgie, l'icône ramène notre attention vers notre cœur, afin qu'il se prépare, comme s'est préparée la Vierge Marie par une vie de prière et d'écoute, à accueillir notre Dieu de tendresse et de vérité ; « le reste », dit Saint Grégoire de Naziance, « sera vénéré par le silence ».

 

Elisabeth Hériard